Journal de résidence (extrait)
Mon Metzgerbau
L’Appart’ est un lieu de résidence artistique situé dans un appartement, où les invités successifs déterminent eux mêmes les frontières entre espaces de vie, de travail et de présentation.
En référence au Merzbau de Kurt Schwitters, sculpture gigantesque et protéiforme ayant petit à petit envahi son atelier puis tout l’espace de sa maison de Hanovre dans les années 40, j’ai nommé l’installation évolutive réalisée dans ce contexte : « Metzgerbau ».
Le mot allemand « bau » signifie « construction ». Ainsi associé à mon nom, il évoque à la fois ce que je construis et ce qui me construit (ou a construit mon nom).
Kurt Schwitters, de plus en plus habité par son œuvre, a fini par se qualifier lui-même de « Merz », préfixe générique donné à ses réalisations.
A l’inverse, j’ai habité le « Metzgerbau » pendant six mois, jusqu’à ce qu’il ne me laisse plus assez de place pour vivre.
Ses éléments constitutifs ont, pour la plupart, évolué par la suite, présentés ailleurs, autrement, ouvrant à de nouveaux liens, dispositifs ou questionnements.
Le point de départ de mon projet a été la relecture d’un livre de Georges Perec, Espèces d’espaces¹, dans lequel il énumère toutes sortes d’utopies pour renouveler notre pratique des espaces du quotidien : un appartement dont chaque pièce plutôt que de se référer à une action (manger, dormir...) correspondrait à l’un de nos 5 sens (avec son « olfactoir », son « gustarium », son « visoir ») ou encore un lieu où l’on vivrait selon les jours de la semaine, prenant place le lundi au « lundoir », le mardi au « mardoir », etc.
J’ai associé à chaque espace de vie de l’Appart’ une ou plusieurs fonctions et matériaux, des parfums, une ambiance colorée et sonore. J’ai d’abord envisagé la réalisation de sculptures comestibles dans la cuisine, de sculptures en savon et dessins au maquillage sur des miroirs dans la salle d’eau... Puis, par jeu de glissement et de contagion, les fonctions et attributs se sont progressivement déplacés, les formes se sont contaminées.
Le lieu a été régulièrement ouvert au public, en cours et en fin de résidence, ce qui a permis d’envisager diverses actions invitant les visiteurs à devenir partiellement acteurs de l’œuvre.
Frédérique Metzger