top of page
Forger des stalagmites
Le fort de Tournoux est accroché à flanc de montagne, sur 700 mètres de dénivelé. Il est partiellement troglodyte. J’ai travaillé en immersion, dans la forge, creusée dans la roche et ouverte sur la montagne par une fenêtre en demi-lune. Ce lieu tient de la grotte, et j’ai exploré les possibilités poétiques que m'ouvrait cette similitude. Je transférai à des matières industrielles (mousse synthétique, film plastique, paraffine, colle thermofusible...) les principes de façonnement propres à la nature (coulées, stalagmites). Mes artefacts interprètent par la découpe, l’assemblage et la combustion, les phénomènes de stratification, de concrétion dus, dans la création naturelle, à l’action de l’eau, érosive, filtrante, pétrifiante. Il était d’autant plus intéressant de dépasser plastiquement ces contradictions dans un espace à la fois minéral (taillé dans la roche et face aux montagnes) mais aussi ancien atelier de forgeron, c'est-à-dire situé, pour reprendre les mots de Philippe Morel dans un essai sur les grottes maniéristes de la Renaissance italienne « entre nature fortuite et artifice humain, entre lieu sauvage et espace habité »¹
Frédérique Metzger
1. Philippe Morel, Les grottes maniéristes en Italie au XIe siècle, La littérature artistique, Macula, p.7
bottom of page