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Juste avant l'épuisement

Frédérique Metzger

Mes outils alalie, dernière installation réalisée à L'Appart’, à Poitiers, en 2009, lors d’une résidence d’artiste de 6 mois, fut en quelque sorte ma façon de dire adieu au lieu après en avoir épuisé toutes les possibilités de création. Elle résulte du moulage des outils utilisés durant cette résidence devenus des mues abandonnées (moulées à la surface des objets par estampage), des masses désactivées, achromes, (moulées par coulée à l’intérieur des objets), comme autant de fantômes d’atelier, de peaux de travail, de pensée.

« Alalie » dans le lexique médical signifie mutisme, le mot « lie » est synonyme de résidu (déposé au fond des récipients contenant des boissons fermentées) tandis que la locution proverbiale « boire (le calice, la coupe) jusqu’à la lie » évoque les difficultés d’une action menée à son terme.

C’est une pièce qui traite du sujet de l’œuvre et du processus, le processus devenant le sujet. Elle est en cela emblématique de l’ensemble de ma démarche : en amont des interprétations (signification de ce que je fais) le « comment est-ce fait ? » est déjà pour moi vecteur de sens, sans pour autant valider l’illusion d’un art réduit à la technè. Le choix intuitif des matériaux induit un ensemble d’actions, d’intentions, qui ouvrent tout un champ de questionnements.

Ici, dans un ultime retournement métonymique, certains matériaux deviennent les outils qui d’ordinaire les transforment : réplique en plâtre du couteau à plâtre, pistolet à colle en colle ; d’autres objets en savon ou pâte d’amande semblent en voie de disparition.

Entre le « fatigué » qui, selon Gilles Deleuze « épuise seulement la réalisation » et « l’épuisé » qui « épuise tout le possible »¹ flotte, invisible, évoquée en creux, la dernière œuvre possible en ce lieu.

1. Gilles Deleuze, L'épuisé, postface de Samuel Beckett, Quad, Editions de Minuit

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