top of page

De la broderie sur les blessures

Frédérique Metzger

« Il n'y a d'urgent que le décor »

Pierre Loti

 

Dans les "Dessins à la gomme" il s’agit d’appliquer le geste du sculpteur au dessin, en évidant une surface, en l’occurrence une vitre préalablement couverte de blanc de Meudon.

Les "Dessins à la gomme", exploitant le principe de la multiplication de motifs creusés, constituent d’une certaine manière le contre-pied de mon travail de sculpture plutôt axé sur l’accumulation, l’agrégat : tout au moins dans son processus si ce n’est dans sa forme finale.

Il s’agit aussi ici de dessiner avec la lumière : ces dessins sont des sortes de filtres, ils occultent partiellement et par conséquent soulignent, en proposant un autre regard de l’extérieur vers l’intérieur, du dedans vers le dehors, une percée, une traversée.

Ils créent des jeux d’ombres projetant au sol et sur les murs des formes différentes selon l’heure du jour. Ils font office de voile, cachant et révélant à la fois, ou encore de membrane plus ou moins perméable entre deux espaces.

Dans les "Dessins à la gomme" et dans ceux que je réalise au sol, j'éprouve la notion de l’ornemental,  qu'on confond souvent avec celle d’ornementation, c'est-à-dire d'ornemental réduit au décoratif, à l’accessoire.

Or ce qui m’intéresse c’est ce que tissent et disent dans leur agencement et leur répétition ces motifs a priori séduisants : par exemple j’envisage la dentelle en tant que réseau, surface, peau, limite. La répétition du motif permet à la fois d’habiter la surface mais aussi d’en creuser la superficialité : elle permet  ouverture, extension d'une structure  ou encore d'un désordre arborescent. L'obsessive répétition du motif  comble excessivement les vides et acte sa propre disparition progressive. La broderie est souvent utilisée comme raccommodage, servant à cacher un trou, une déchirure ; en négatif, elle devient elle-même le trou, la déchirure.

Frédérique Metzger

bottom of page