La vengeance de Cendrillon
Jean-Marc Bermès
Hegel définit les objets par la dureté de leur opposition au sujet pensant qui les affronte, l’allemand, dit-il, emploie à bon droit le terme de «Gegenstand»- c’est-à-dire : ce qui se tient contre, ce qui se pose en s’opposant.
L’enfant fait ainsi l’apprentissage de la dure réalité : au lieu que la sucrerie désirée ne fonde dans sa bouche, le bocal de bonbons lui tombe sur la tête.
Paradoxalement le même Hegel considère que les objets fabriqués sont la réalisation de l’activité pensante du sujet qui en a déterminé la fin et organisé les moyens, par le travail, pour satisfaire les besoins par leur consommation, leur usage.
Dans le monde surréel il en va autrement.
Si le carrosse enlève Cendrillon à sa cuisine pour la conduire dans les bras d’un prince ébloui par sa beauté, la vraie forme du carrosse n’est-elle pas la citrouille ?
La puissance magique des métamorphoses n’est-elle pas plus forte que celle des désirs et des besoins ?
Les verres, les plats, les assiettes, les pichets se font dentelles, les éponges nuages, les miroirs fixent les douceurs de la peau et en gardent la couleur, le savon s’enfle de bulles, les chaises embaument le pain d’épice.
Dans ce monde poétique et comestible, imaginé par elle, Frédérique Metzger peut se voir en son miroir : le Metzgerbau.
Jean-Marc Bermès, mai 2009