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Flørli / Norvège

Séjournant durant 1 mois dans un fjord norvégien, à Flørli, endroit uniquement accessible par la marche ou le bateau, j’ai réalisé à partir de matériaux trouvés sur place des sculptures dites « de survie » faisant écho à des réalisations plus anciennes, mes « sculptures de compagnie ».

Je les ai confiées à des gens de passage, notamment à des randonneurs qui n’emportent d’habitude dans leur périple que le strict nécessaire. Ces derniers ont accepté de s’en charger dans les deux sens du terme. Les Sculptures de survie permettent l'émergence de tableaux en mouvement. Il s’agit, en les portant, de faire l’expérience sensuelle et mentale d’un mode d’incarnation, d’accueil et de prolongement de l’œuvre par son appropriation corporelle.

Cette résidence a fait apparaître la question du paysage dans mon travail, non comme simple toile de fond, comme objet distinct auquel artiste ou spectateur se confronte, mais comme espace mental et physique d'interpénétration, comme espace de synergies.

Le corps et l’environnement deviennent les socles instables de la sculpture et dans leur rencontre quelque chose de troublant s’immisce, de l’ordre du fantastique tel que le définit Clément Rosset, qui « ne réside pas dans la production d’êtres irréels ou surnaturels mais dans le fait que ceux-ci intéressent les êtres reconnus comme réels et naturels, par une contagion de l’autre qui en vient à s’emparer du même en personne. » ¹

On peut alors voir une connivence entre les Sculptures de survie et les pods, sortes de consoles de jeu à texture biologique reliées au corps, imaginées par David Cronenberg dans le film « Existenz ».² 

1. Clément Rosset, L’objet singulier (nouvelle édition augmentée), Collection «critique», Editions de minuit, 1989, p. 53

2. Existenz, film fantastique (SF), 1998, réalisation, scénario, production : David Cronenberg, distribution UFD - 96’

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